Contexte et ambitions scientifiques
Ce domaine de recherche stratégique du LMHE vise à appréhender la complexité des hydrosystèmes dans leur continuité, depuis les hauts bassins versants jusqu’aux zones marines côtières. L’ambition est de modéliser les interactions non linéaires entre les compartiments d’eau douce, saumâtre et salée, ainsi que les flux couplés de matière, d’énergie et de biota, sous l’influence croissante des changements globaux et des pressions anthropiques.
Fonctionnement intégré des hydrosystèmes continentaux
Les recherches portent sur l’ensemble des milieux aquatiques continentaux : cours d’eau pérennes et temporaires, lacs de barrage, retenues collinaires, zones humides et aquifères alluviaux ou profonds. Des approches de modélisation hydrologique, hydrochimique et écologique sont déployées pour quantifier les bilans d’eau, de sédiments fins et grossiers, de nutriments (azote, phosphore) et de contaminants prioritaires (métaux traces, pesticides, micropolluants émergents). L’impact des aménagements (barrages, seuils, dérivations) et des pratiques agricoles ou urbaines sur le fonctionnement hydro-écologique est évalué à différentes échelles spatio-temporelles.
Interfaces continent-littoral : des zones sous tension
Les zones de transition que sont les estuaires, deltas, lagunes et systèmes saumâtres constituent un focus majeur. Ces environnements hyper-dynamiques sont le siège de processus intenses : mélange turbulent eau douce-eau salée, floculation et dépôt sédimentaire, piégeage de contaminants, remise en suspension, oxydo-réduction et nitrification-dénitrification. Le laboratoire développe des modèles couplés hydraulique-hydrogéologie-géochimie pour simuler les circulations de densité, l’intrusion saline dans les nappes côtières et le devenir des polluants à l’interface terre-mer.
Vulnérabilité, risques et résilience en zone littorale
Face à l’élévation du niveau marin, à l’intensification des tempêtes et à l’artificialisation croissante du trait de côte, le LMHE évalue la vulnérabilité des hydrosystèmes littoraux. Les travaux portent sur la cartographie des aléas (submersion marine, érosion côtière, intrusion saline), l’analyse de la vulnérabilité des socio-écosystèmes (agriculture, aquacultures, stations d’épuration, captages d’eau potable) et la proposition de stratégies d’adaptation fondées sur des solutions fondées sur la nature (restauration des cordons dunaires, des mangroves, des herbiers). Des indicateurs de résilience sont développés pour accompagner la planification territoriale.
De la modélisation à l’action opérationnelle
Les connaissances et outils produits alimentent directement les politiques publiques et les démarches de gestion intégrée des zones côtières (GIZC). Le LMHE travaille en étroite collaboration avec l’APAL (Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral), l’INSTM (Institut National des Sciences et Technologies de la Mer), les CRDA, les directions régionales de l’environnement et les collectivités territoriales. Ces partenariats visent à co-construire des plans de protection, de restauration écologique et d’adaptation au changement climatique pour les hydrosystèmes continentaux et littoraux tunisiens, dans une perspective de développement durable et de sobriété hydrique.